S’installer en Guadeloupe pour ressortissants qui n’ont pas la chance d’être français

Ce Post s’adresse exclusivement aux ressortissants de nationalité qui n’ont pas la chance d’être français et qui ont le projet de s’installer en Guadeloupe

Bonjour chers ressortissants étrangers,

Voulant se gratter, la cigogne passant au dessus de la Suisse, a lâché son colis. Résultat :  nous n’avons pas la chance d’être nés français ou d’être tombés dedans, comme dirait Obélix. En arrivant ici, vous appréciez très vite le fait que les administrations ne se parlent pas entre elles et qu’elles ont mis en place, chacune leurs propres procédures (voir un ouvrage de référence sur le sujet « Les bidochons – les fous sont lâchés »). Nous aurions voulu vous la « faire » à la Romain Duris dans l’excellent film : « l’Auberge Espagnole ». Attachez vos ceintures, il va y avoir du sport, c’est parti :

  1. La boîte aux lettre : tout commence par la boîte aux lettres !! Dans ce pays, il est impossible d’avoir un téléphone portable, sans en avoir une (nous venons d’apprendre que c’est possible avec Only, mais ça limite considérablement le choix). Qu’a cela tienne, il y a les … cases postales. Les grands moments de la vie, comme ce jour où l’employée de la poste de Deshaies (le village gaulois où nous habitons) nous explique que pour avoir une case postale .. il faut, tenez-vous bien, une adresse ! A cela nous répondons que c’est débile et elle nous répond « c’est pour cela qu’elles sont toutes vides » (traduction de l’auteur : il n’y a personne qui les utilise !). Nous n’avons pas fait la queue pour rien, nous voulons ouvrir un compte postal : « il faut prendre rendez-vous avec la préposée », ah bon, pour quand ? le 25 oct (nous sommes le 2 sept). Dur quand vous cherchez à vous installer et qu’on connaît pas grand monde. Le plus beau cadeau que vous puissiez faire à vos amis est de mettre une boite aux lettres pour eux en dessus de la votre. 
  2. La dépose des papiers : dans plusieurs pays européens dont la Suisse, chaque citoyens est appelé à déposer ses papiers. C’est-à-dire qu’il va à la mairie, et dépose des documents comme par exemple le livret de famille, certificat d’origine. Sur la base de cet acte symbolique, en échange, vous recevez une pièce justificative,que vous pouvez utiliser partout et qui prouve votre existence !! Ici que neni !! Il vous faut une facture EDF ou FT (traduction de l’auteur : l’électricité et le téléphone, hé oui la 5èmepuissance du monde ne parle qu’en abrégé, pas de soucis nous avons fait un dictionnaire, si si ). Pas de chance, nous louons charges comprises, c’est-à-dire que les factures arrivent directement chez le propriétaire. Il reste donc FT !
  3. Le téléphone : vous avez enfin une adresse, vous allez faire 2 heures d’attente chez France Télécom pour vous entendre demander la facture EDF (preuve que vous existez). Heureusement nous avons fait un bail avec le propriétaire (ce qui n’est pas coutume) et avons pris une copie. Mais il faut payer avec un chèque, or nous n’en avons pas encore. Un long temps au téléphone avec ses collègues, la sympathique conseillère de FT a trouvé la procédure, pour nous permettre de partir avec le téléphone sous le bras, bravo. Mais pas encore pour la ligne, qui mettra 6 semaines pour suivre et la 1èrefacture, notre seule preuve d’existence : 3 mois !
  4. La banque : étonnement les rouages des banques sont aussi insondables que ceux des administrations, y aurait-il contamination ? Après 3 semaines de tractations et 4 rendez-vous déplacés, l’employé de l’honorable établissement nous réclame 3 ans de décomptes bancaires dans nos établissements en Suisse (où cela prend 5 min pour ouvrir un compte, montre en main), c’est-à-dire à peu près 1 carton de papier à photocopie, mais le gros format !!! Nous abandonnons et nous allons nous réfugier à la Banque Postale, où de toute façon ils n’ont rien pu faire parce que nous n’avons pas la fameuse facture du téléphone et le K-bis pour la société ! Après un mois sans nouvelle, nous partons terroriser le patron de l’établissement qui nous informe que si rien n’a bougé, c’est qu’il manque un papier de notre logeur, autorisant le fait que notre bureau se trouve dans notre logement (1 PC et 1 téléphone) – vaut mieux que tu sois assis, sinon tu tombes ! Au total il nous aura fallut 3 mois pour ouvrir un compte. Pour les amateurs de paiement par Internet, la BP ne permet pas le virement sur un compte que si le formulaire correspondant a été dûment rempli (pour chaque nouveau compte) et renvoyé à l’établissement, donc comptez en moyenne 2 semaines pour faire vos paiements par Internet (nous sommes revenus à l’âge de pierre).
  5. La société : le mot accueil de la CCI n’est pas très bien choisi (dire bonjour est déjà trop demander) mais judicieux pour un préposé qui a accepté d’ouvrir la société malgré le fait que nous n’avions pas la facture du téléphone, merci (tu crois rêver, si Sarko savait cela !). Le problème : nous n’avons jamais reçu l’extrait du K-bis. Pas de problème, il faut envoyer un chèque de 2.82 Euro au Tribunal de Basse-Terre, problème : nous n’avons pas de chèque. Et pour ouvrir le compte en banque de la société, il faut un extrait K-bis (tu rêves, non c’est un cauchemar). Il y a une solution miracle, prendre son courage et aller à l’INSEE : que cela ne tienne, une heure de route plus tard, nous avons un refus catégorique de la réceptionniste, c’est seulement par courrier et avec un chèque. Nous menaçons de prendre en otage la salle d’attente et montrons à la réceptionniste le graphe des dépendances (tout ce qui est lié à quoi et qui bloque tout). Emue et charitable, elle appelle une collègue, qui en 24 secondes chrono, nous sort le papier miracle, nous l’embrassons.
  6. La poste bis : nous habitons dans une petite rue à 100m de la route principale, or le facteur n’aime pas conduire dans cette rue et ne monte pas pour les recommandés. Or à la poste, il n’y qu’une seule queue pour les gens qui viennent faire leur paiement (souvent on leur a enlevé tout moyen de faire autrement), toucher leur pension ou le RMI. Donc pour le moindre truc à la poste, vous en avez pour 1h30 montre en main. La question de faire 2 queues, l’une pour les timbres et les recommandés, l’autre pour les paiements se s’est jamais posée.
  7. L’immatriculation de la voiture : nous faisons partie des personnes heureuses qui ont eu la chance d’immatriculer notre voiture, une Peugeot 307 (c’est pas un vague modèle de Skoda ou Vodka …). Ça commence par le certificat de conformité européenne que nous avons pu avoir par notre garage en Suisse après 7 coups de téléphones et en payant 100 Euro d’avance pour un bout de papier qui à mis 1 mois à venir ! Ensuite vous allez à la Drire à Jarry (attention n’oubliez pas votre plan de Jarry, sinon vous êtes perdu …) et là, l’on vous informe qu’il faut prendre rendez-vous et que la 1èredate est fin janv (on est début déc). Rendez-vous pris, vous payer 86.80 € pour que quelqu’un jette un œil sur le véhicule et contrôle le no de série. Pour le prix vous insistez bien pour savoir s’il y a d’autres formalités. Réponse : non il suffit d’aller à la préfecture. Une semaine plus tard, vous devez repasser pour prendre le papier tamponné (pas possible de l’envoyer, vous habitez à 1 heure, qu’importe !). Arrivé à la préfecture (1h de route), l’accueil toujours elle, vous contrôle, dans un grognement, tous les papiers (une pile), vous donne un ticket et vous attendez 2 heures (il n’y avait qu’une employée pour 30 personnes). Quand vous arrivez devant la préposée : elle vous demande le formulaire du contrôle technique. Le contrôle technique, personne ne nous en avait parlé. Pas de problème, nous avons fait un contrôle technique en Suisse avant de partir, mais voilà le numéro magique ne rentre pas dans l’ordinateur, donc retour à la case départ (l’autre à l’accueil n’aurait pas pu nous le dire !). Rendez-vous est pris avec un garagiste normal et sympa (110 Euro) et c’est reparti pour 2h d’attente à la Préfecture (le préfet sait-il cela ?).
  8. La BP bis : nous sommes allés voir le parton qui a fait venir tout le monde sur le pont pour savoir pourquoi après 3 mois, nous n’avions toujours pas de chéquier, CB, etc. Un autre grand moment : la préposées est partie accoucher et sa remplaçante est tombée malade depuis 3 semaines. Tout est OK. Voulant nous aider à acheter ou construire un gîte, le chef nous propose de rencontrer son beau-frère qui vend le sien et nous tend la carte de visite de son conseiller « immobilier ». L’affaire s’est faite avec quelqu’un d’autre, naturellement nous appelons le conseiller en question pour le crédit hypothécaire. Après envoi des documents et quelques jours plus tard, la réponse arrive sous forme d’un NON, nous avons de la peine à comprendre pourquoi : nous tirons nos revenus de l’exploitation du gîte ???? et si nous avions acheté le gîte du beau-frère ?
  9. L’ambassade de Suisse à Paris : c’est clair il y a contamination : ils exigent l’envoi de nos pièces originales à savoir : nos passeports, carte d’identité, livret de famille, dérogation militaire (l’armée s’est jusqu’à 30 ans, Daniel en a 46 !), en clair nous serions nu dans la jungle des papiers. Nous nous refusons à envoyer ces originaux, coup de génie, il est possible de faire des copies certifiées. Ni une ni deux, nous partons à la Police qui nous envoie à la Mairie. La réceptionniste, toujours elle, nous dit de repasser le lendemain, la préposée n’étant pas là. Nous revenons donc et attendons au moins une heure pour que la réceptionniste prenne les documents les photocopies, mette les tampons d’usage et signe ! Un comble !
  10. Dans les Bidochons (cité plus haut), la réponse vient d’une armoire normande qui écrase l’incompétence et l’imbécillité ….
  11. Epilogue : nos chères autorités politiques se grattent la tête pour savoir pourquoi il n’y a pas plus de créations d’entreprise ou l’emploi ? peut-être simplement parce qu’il n’y a pas assez de gens courageux ? Dans certains de vos rêves, n’avez-vous pas envie de tout reprendre à zéro ?

Nous en sommes là, la suite au prochain épisode. Nos meilleurs conseils :

·        Achetez un gros dossier ou une serviette et mettez tous vos documents, pour que vous ayez une copie de tous vos documents toujours avec vous.

·        Parmi les documents nécessaires : la facture EDF et TF, copie du passeport, acte de mariage,K-bis, livret de famille, le bail à loyer, etc.

·        Allez chez « M. Bricolage » pour acheter une belle boite aux lettre et donner 100 euros à n’importe qui, pour la mette au dessus de la sienne.

·        Allez en France en vacances et ouvrez un compte en banque avant de venir en Guadeloupe, notre préférence va à la Bred.

·        Ne vous laissez pas démonter, vous avez des droits et dans les cas où cela dépasse les bornes, n’hésitez pas à demander nom + fonction et demandez à parler au supérieur. Même si cela n’aide nullement, ça calme le jeu.

·        Faites rire le ou la préposée, cela marche toujours. Si vous vous mettez une seconde à sa place, c’est pas drôle tous les jours et elle n’est pas responsable du manque de moyens et du taux d’absentéisme très élevé. Des jours il devrait se donner des médailles.  

·        Téléphonez à l’avance pour connaître la procédure. Même si vous allez devoir en faire plusieurs et si l’ « accueil » n’y est pas, cela vous évitera un déplacement pour rien.

Quoi qu’il en soit, la Guadeloupe est un pays magnifique qui nous apprend la patience et l’humilité. Au final tout fonctionne et les choses finissent toujours par arriver, même s’il faut un peu plus d’énergie qu’ailleurs …

Bonne chance à vous

Daniel

Pour voir la Guadeloupe autrement : http://www.tibonheur.com

Pour un gîte autrement : http://www.oasis-grande-anse.com

Un commentaire pour “S’installer en Guadeloupe pour ressortissants qui n’ont pas la chance d’être français”

  1. Guy Larue dit :

    Nous avons lu votre article avec beaucoup de plaisir.
    Nous comprenons mieux maintenant la difficulté qu’on éprouve dans notre recherche de financement pour acheter un terrain à bâtir en Guadeloupe.
    Même avec, en notre possession, plus de 50% de la somme nécessaire à l’achat du terrain convoité, la communauté guadeloupéenne consultée à ce jour, demeure plus que réservée face à notre projet.
    Merci de nous montrer le chemin chaotique de cette administration.
    Nous prenons bonnes notes. Nous sommes du Canada.
    Merci

    Guy Larue

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